Boutiques : choisir sa voie
Lorsqu’on lance sa parfumerie il faut parfois faire un choix difficile entre les tendances, l’Art et l’oseille… un vrai casse-tête !
L’Art
Beaucoup de passionnés rêvent d’ouvrir une parfumerie et de vivre de l’amour qu’ils portent à l’art olfactif. Le nez en l’air, ils élaborent des business plans qu’ils pensaient simples, puis se retrouvent face au concret. Comme dit Le Zen : « une fois que les factures tombent, on redescend sur terre ». Ceux qui ont bien fait leur preview avant de se lancer comprennent qu’il faudra choisir entre l’amour et la fraîche.
Ceci dit, de belles boutiques tiennent le coup et les années s’accumulent finalement. Le savoir et le service s’additionnent et les belles références jonchent leurs étagères. Que demande le peuple ?
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Les dollars
Justement, le peuple n’est pas conseillé comme il faut et la demande est perpendiculaire à l’Art. De nombreuses victimes des divers buzz qui forment les vagues du net débarquent parfois en boutique avec des désirs bien loin du catalogue respectable. Les vendeurs auront de bons auditoires de temps en temps pour les guider vers le beau, mais disons-le, la plupart ont des œillères et ne voient que ce dont l’écho a bruité dans leurs téléphones.
C’est à ce carrefour que de nombreux propriétaires ont choisi la voie de l’oseille, celle qui donne de belles fins de mois. Le problème suivant les concernant est en vérité ces mêmes tendances qui rendent ce qu’ils ont choisi de vendre disponible sur le marché gris. Des boutiques qui deviennent des vitrines pour les autres, ça n’est pas facile à vivre tous les jours.
Le lard
C’est devant le miroir qu’il faut assumer. Vendre de la merde chic implique de ne pas avoir de face. Mais très sincèrement, on taquine mais on ne juge pas tant que ça. Tout dépend ce que tu cherches dans la vie, un peu comme Parfums de Marly quoi. On est venu faire du bif, la qualité on s’en bat les yeuks… Ok.
Les gens viennent en files indiennes, prennent des photos des flacons, quelques-uns paieront, c’est sûr. On sera hypé si on joue le jeu, on sera payé on mentant devant les caméras, sur Insta et Tiktok, c’est un choix de vie mais ça peut être viable.
Trop tard ?
Il n’est jamais trop tard, c’est l’avantage des parfumeries. On peut mettre un coup de balai sur les étals et changer le catalogue sur un simple coup de tête. Et je dis ça parce que c’est faisable dans les deux sens ! Ceux qui en chient à vendre de la belle parfumerie peuvent toujours changer leur fusil d’épaule, qui les jugera ? Ceux qui font n’importe quoi pour ameuter les guignols peuvent aussi se repentir et choisir la noblesse.
Au final c’est notre frigo qui décide (et les vacances aussi un peu…) ! Mais c’est surtout une question de survie en 2026. Il y en a qui choisissent d’avoir de tout pour avoir du beurre dans les pâtes, pourquoi pas ? L’essentiel est de ne pas mourrir sous le rouleau compresseur qui se profil à l’horizon : le rachat total de la niche par les grands groupes, l’emballage général d’un public formaté… Tenez bon !
Et vous, vous avez déjà pensé à ouvrir une parfumerie ? Comment vous verriez son modèle ?
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Ouvrir une parfumerie…
En bon perfumista que je suis, j’y ai pensé, rêvé, fantasmé.
Aujourd’hui j’ai passé la soixantaine, je suis à la retraite. Mon métier n’a jamais été lié à la parfumerie et pourtant… J’ai toujours aimé les odeurs, j’ai toujours eu ce besoin presque instinctif de fouiner avec mon nez, de sentir, de comprendre, de renifler les fleurs, la terre, les herbes, le bois, l’air, tout ce qui sent bon ou moins bon.
Alors oui, à un moment l’idée d’ouvrir une petite parfumerie m’a traversé l’esprit. Mais très vite la réalité s’impose, il faut trouver le bon lieu et c’est essentiel. Un endroit vivant avec une clientèle qui aime le parfum, qui prend le temps de découvrir et qui peut aussi se permettre d’acheter des parfums de niche souvent chers.
J’habite Marseille et à Marseille soyons honnêtes les parfumeries exclusivement dédiées au parfum de niche sont rares, voire inexistantes. On trouve bien quelques boutiques de vêtements qui proposent une ou deux marques par-ci par-là mais une vraie parfumerie spécialisée entièrement consacrée au parfum de caractère je n’en connais pas.
J’ai alors pensé à Aix-en-Provence, une ville plus bourgeoise peut-être plus réceptive à ce type de proposition. Mais je n’ai jamais franchi le pas. Car aujourd’hui, tenir une parfumerie de niche me semble particulièrement difficile. Nous vivons une époque où beaucoup peinent déjà à se loger, à se nourrir, à s’habiller. Le parfum de niche réputé cher reste souvent réservé à une certaine élite ou à un grand coup de cœur pour lequel on accepte de faire des concessions.
Si je devais ouvrir une parfumerie de niche aujourd’hui je ferais des choix précis, Parfum d’Empire, Orto Parisi, Isabelle Larignon, Andy Tauer, Anatole Lebreton, Heeley, Comme des Garçons, Olivier Durbano et quelques autres maisons de niche ou de sous-niche à des prix plus accessibles. L’idée serait de toucher une clientèle moins fortunée, tout en faisant vivre la boutique, sans trahir l’exigence olfactive.
Mais je le sais, ce type de commerce devient rare. Il survit surtout dans les grandes capitales ou les villes très touristiques là où le passage, la curiosité et le temps existent encore. Ouvrir une parfumerie de niche c’est avant tout une histoire de lieu, de rencontres, et de justesse.
Il faut sentir le bon endroit… et ne pas se tromper comme tout commerce.