L’Heure Bleue (2026), Guerlain
Avis Parfum
Dans une confusion rarement vue, Guerlain parachute une nouvelle version de L’Heure Bleue. L’original de 1912 est un classique monumental, on était donc tous sur le cul en découvrant le nom de cette nouveauté dans les rayons. Qu’en est-il du jus ? On pourrait en faire une série (ou une chanson)…
Écouter l’Avis de La Parfumerie sur L’Heure Bleue de Guerlain (2026) :
L'Heure Bleue (2026) - Guerlain
Votre avis compte !
Donnez votre avis sur L’Heure Bleue par Guerlain :
Je donne mon avis
Faites-nous part de votre expérience avec ce parfum, chaque anecdote est un conseil !
Donnez de la force à vos gars ! Il a fallu à Fun 3 cafés serrés pour réaliser cet avis sans serrer !
Présentation & Article : Fun
De la rumeur au concret…
La rumeur commençait à enfler. Les passionnés ne tenaient plus en place. On se passait l’information par clavier interposé, et l’excitation, mêlée à cette méfiance d’usage propre aux amateurs trop souvent échaudés, commençait à nous gagner : « Guerlain va sortir un classique à la rentrée ! »
Un féminin ? Un masculin ? Chacun y allait de son petit pronostic, et les discussions frivoles s’enchaînaient dans cette atmosphère délicieuse où tout le monde aime se retrouver afin que l’ivresse personnelle finisse par se transformer en ébullition collective.

L’Heure quoi ?!?!
Mon Guerlain a déjà neuf ans ; L’Homme Idéal, douze. On ne s’attardera pas sur cette propension à user une recette jusqu’à la moelle dès lors qu’elle fonctionne, en enfantant des flankers de flankers, comme pour rappeler à « ceux qui ne sentent plus leur parfum » qu’une nouvelle déclinaison saura peut-être leur restituer ce petit coup de foudre révolu.
Il était donc temps que Guerlain revienne sur le marché nous prouver que la centaine de photographies de Thierry Wasser au milieu des champs de fleurs du monde entier avait au moins servi à rentabiliser son empreinte carbone, et à nous rappeler qu’il demeure bel et bien le parfumeur senior de la maison. Même pas, cette nouvelle fragrance est finalement revendiquée par Delphine Jelk seule : une première pour une grande sortie.
Et cette fragrance s’appelle donc… L’Heure Bleue.
Oui, L’Heure Bleue.
Une reformulation ? Un flanker ? Une énième concentration ultra-suprême-de-la-mort-qui-tue ? Non. Juste L’Heure Bleue.
Dans une ambition mégalomane assez effarante, faisant fi du chef-d’œuvre de Jacques Guerlain lancé en 1912, le nouveau parfum reprend donc, mot pour mot, son nom. Nous savions jusque-là qu’un nom de parfum devait être protégé des concurrents extérieurs ; nous découvrons qu’il est menacé dans sa propre maison. Le malheur ne connaît ni privilège, ni frontière.
On peine d’ailleurs à comprendre par quel cheminement, dans quel projet démesuré frôlant l’outrecuidance, certains ont pu décider de reprendre le nom originel tout en changeant complètement ce qu’on y sent. Et non, n’ayez crainte : ce n’est pas votre parfum qui a « tourné », ni le phénomène d’habituation qui prend place, ni votre peau qui « sucre » – ou plutôt qui « sale », en l’occurrence -, ni même quelque funeste contrainte IFRA sur telle ou telle matière, ce que nous aurions presque préféré.
Non.
C’est tout simplement un autre parfum.
Et c’est, sinon indécent, du moins profondément inélégant.
Et L’Heure Bleue originale ?
Quant à L’Heure Bleue originale ? Il faudra désormais l’appeler L’Heure Bleue 1912. Comme sur une plaque commémorative, on lui accole sa date de création comme si son nom seul ne suffisait plus à le maintenir dans le présent.
Et il n’est pas impossible qu’elle finisse, elle aussi, reléguée parmi ces « classiques toujours disponibles mais introuvables », aux côtés de Nahema, Liu, Après l’Ondée ou Vol de Nuit. Au mieux tout en bas d’un rayon ; au pire dans ce tiroir fermé à clef près du sol que personne n’ouvre plus, là où la poussière commence sa vie.
Voilà pour la subjectivité.
L’Heure Bleue de Guerlain, gigantesque classique de 1912, poussé vers la sortie…
Passons maintenant à son versant bienséant : ce que l’on y sent. Car après tout – et cela me fait encore plus mal de l’écrire ici – c’est bien cela qui devrait être le plus important.
Un petit accord de violette ambrée ouvre le parfum sur quelque chose d’assez mignon, sans être particulièrement iconoclaste, pour une délicate évocation à Insolence. C’est léger, fugace, mais il est toujours agréable de retrouver ce genre de clins d’œil.
Puis le parfum évolue brusquement vers quelque chose de tout autre.
Et c’est là que la surprise devient totale, au point que l’on peine presque à accepter ce que l’on sent. Car ce que l’on sent, il faut bien le dire, est d’une laideur de premier ordre.
Basculant dans un accord marin et atmosphérique, Delphine Jelk explique avoir voulu « capturer la sensation de L’Heure Bleue » et évoquer « la fraîcheur d’un ciel bleu ozonique ».
Pourquoi pas, après tout. Qu’un artiste nous livre son interprétation est évident. Encore faut-il que, derrière l’intention, le Beau ait quelque chance de survivre.
Or ici, on côtoie bien davantage Rem que L’Heure Bleue.
Et il faut le dire : c’est profondément désagréable à porter, d’autant que l’histoire semble ne jamais vouloir finir.
Ce fameux ciel bleu ozonique s’impose avec une obstination asphyxiante, étirant ses notes de calone, d’ambre gris et de matières salées, salines, aqueuses, dans une sorte de mauvais délire né d’une maison ultra-niche qui aurait confondu singularité et nuisance.
C’est envahissant, absolu, et l’on ne peut s’empêcher, tout au long du discours, de se rappeler deux choses : nous sommes toujours chez Guerlain, et ce que nous sentons s’appellera désormais L’Heure Bleue.
Au-delà de l’immense déception, seul le temps dira finalement si ce parfum avait véritablement rendez-vous avec l’Histoire ou s’il ne faisait que profiter, un court instant, du prestige du monument qui l’a précédé de plus d’un siècle.
La postérité, elle, ne se décrète pas.
Notre avis sur L’Heure Bleue (2026) de Guerlain
Quelle indignité !
Vous avez avez pu sentir L’Heure Bleue de Guerlain ? Comment vous voyez cette proposition ?
Faites profiter le lecteur de votre expérience, lâchez un commentaire !
1 Commentaire
Soumettre un commentaire
L’auteur :
Fun
Auteur / Animateur
Sentir sérieusement sans jamais se prendre au sérieux ; chez lui, la pulsion automatique de mettre des mots sur ses sensations lui donnera toujours des histoires à se raconter, à nous raconter.
La Parfumerie ne mâche pas ses mots dans ses avis Parfum
La sale équipe donne son avis sur les différentes références parfumées, nouveautés et anciennetés, du Mainstream, de la parfumerie de niche et du luxe, sans concession aucune, pour orienter l’acheteur ou tout simplement pour cracher le morceau.
Avis Parfum : Eau de Gloire Cologne – Parfum d’Empire
Eau de Gloire Cologne de Parfum d’Empire n’a déjoué aucun pronostique, le parfum est une réussite, transcendant la référence originale…
Avis Parfum : Myslf – Yves Saint Laurent
Myslf d’YSL : Une copie de la copie qui était déjà copiée d’un dupe d’un jumeau tendance… on n’en peut plus d’Yves Saint Laurent !
Avis Parfum : C2 Vanille Réglisse d’Unika
Avis C2 Unika, un parfum Vanille Réglisse très réussi, fin et surtout pas gueulard. De quoi porter du gourmand sans s’écœurer, parfait !
Avis Parfum : C5 Cédrat Myrte Immortelle d’Unika
Avis C5 Unika – Cédrat Myrte Immortelle, un beau parfum addictif au possible qui propose quelque chose et évite le déjà vu. Superbe !
Avis Parfum : Eau Suave de Parfum d’Empire
Avis Eau Suave Parfum d’Empire : Une Rose piquante, fruitée, et surtout chyprée, un autre superbe parfum, souscoté, par M.A. Corticchiato.
Avis Parfum : Tabac Tabou de Parfum d’Empire
Avis Tabac Tabou Parfum d’Empire : Un parfum devenu légende de la Niche, sur une thématique qui dépasse le réel, d’un profondeur inouïe !
Avis Parfum : Equistrius de Parfum d’Empire
Avis Equistrius Parfum d’Empire: un hommage au cheval avec lequel M.A. Corticchiato a remporté ses courses, on parle de parfum classe !
Avis Parfum : Très Russe d’Institut Très Bien
Avis Très Russe Institut Très Bien : Une cologne qui dépasse toute attente mais dont les différences sur peau ou sur touche peu surprendre.
Avis Parfum : Dance of the Dawn de The Different Company
Avis Dance of the Dawn Different Company : Une belle cologne autour du Patchouli, loin des sentiers battus en la matière, léger et joyeux.
Avis Parfum : Speakeasy de Frapin
Avis Speakeasy Frapin : Superbe fragrance qui se place entre le liquoreux et le tabac, c’est une vraie pépite de la parfumerie de Niche.
Avis Parfum : Sadonaso de Nasomatto
Avis Sado Naso Nasomatto : Alessandro Gualtieri fait parler de lui une fois plus avec un marketing choc, mais qu’en est-il du parfum .
Avis Parfum : Sugar Leather d’Une Nuit Nomade
Avis Sugar Leather Une Nuit Nomade : Une cannelle aguichante au sillage efficace, un gourmand qui n’exagère pas, dans une belle thématique…













Très cher Fun,
Mon premier commentaire ici. Hélas, il aura fallu attendre un désastre pour que ça arrive. Un peu comme ces réunions de famille qui n’ont lieu que pour les enterrements.
Si j’emploie ce mot ce n’est pas par hasard. Je suis tombé amoureux du Parfum en tombant amoureux de l’Heure Bleue. Je le connaissais sans le connaître, le prenais pour ce qu’il n’était pas : un produit d’hygiène genré. Ce que j’ai découvert, de par mes explorations olfactives et mon écoute assidue de la Parfumerie Podcast est tout autre… et L’Heure Bleue en est l’acte de naissance.
Acte de naissance, plaque commémorative, voilà des mots qui ne vont pas ensemble. Et ceci n’est pas un accident mais bel et bien un assassinat, une insulte à la mémoire de ceux qui le chérissent.
Voilà pour la subjectivité.
En ce qui concerne l’objectivité je ne m’étalerais pas. L’objectivité… plutôt l’abjectivité. Le champs lexical de l’abrasion est tout ce qu’il mérite.
Je ne pensais pas pouvoir être affecté par un parfum autrement que par la curiosité de la découverte, l’émerveillement devant la beauté ou l’indifférence envers ce qui ne m’atteint pas. Ce ~parfum~ m’a mis en colère.
Heureusement que ce n’est « que » du parfum.
Merci pour cet audio et cet article avec lequel je rentre en résonance, l’écriture et la justesse des mots.
Je te dis au prochain avis, à la prochaine sortie, avec l’espoir d’écouter une ode plutôt qu’un requiem.